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"A
PROPOS D’UN PIED DE CHINOISE
Voir un pied de Chinoise n’est pas toujours facile. En avoir un
à soi, qu’on peut examiner, disséquer, est une véritable
chance. Cette chance, je l’ai eue, grâce à l’obligeance
des sœurs de l’hôpital français de Pékin.
Le pied provenait d’une jeune fille de vingt ans, morte de tuberculose.
C’était une fille du peuple, voilà pourquoi son
« petit pied » était un peu grand. Il avait, en effet,
17 centimètres de longueur, alors que celui d’une femme
du monde peut ne pas dépasser 13 à 14 centimètres.
Son poids, avec 6 centimètres de jambe, était de 480 grammes.
La face externe du pied a la forme d’un triangle rectangle. Le
bord supérieur, légèrement convexe au niveau du
scaphoïde, en est l’hypoténuse. Le bord inférieur,
à peu près horizontal, présente, à l’union
de son tiers postérieur et de ses deux tiers antérieurs,
une encoche profonde regardant en bas et en arrière. Le bord
postérieur est perpendiculaire.
Même disposition pour la face interne. Toutefois, son bord inférieur
est moins nettement dessiné ; il a vaguement la forme d’un
large accent circonflexe, sur la partie antérieure duquel se
voient les faces dorsales des orteils repliés sur eux-mêmes.
La face plantaire, ellipsoïdale, est plus large dans sa partie
postérieure que dans l’antérieure. Une dépression
profonde d’un centimètre partage la plante en deux régions
distinctes : celle du talon, en forme de fer à cheval ; celle
des orteils, vaguement triangulaire.
Les quatre derniers orteils sont, par un mouvement de flexion, ramenés
totalement sous la plante et reposent, sur le sol, par leur face dorsale.
Chacun d’eux porte un cor à ce niveau. Les orteils ont
subi non seulement ce mouvement de flexion, mais aussi un mouvement
de rotation sur leur axe, car ils sont pliés de dehors en dedans
et d’arrière en avant.
L’orteil est aplati et, sur une coupe perpendiculaire, paraît
triangulaire. Le tassement des orteils et la déformation consécutive
sont surtout marqués sur le second.
Les ongles sont modifiés dans leur aspect, et atrophiés.
Aux trois derniers doigts, ils sont petits, minces, renversés.
Celui du deuxième a la forme d’une griffe et on voit très
bien son empreinte sur la figure.
L’axe du gros orteil, prolongé en arrière, passerait
au milieu du talon. C’est, autour de cet axe que se produit le
mouvement hélicoïdal, destiné à amener la
flexion et le tassement des autres doigts.
Les quatre derniers orteils ont perdu, à peu près, toute
mobilité spontanée et on ne peut pas provoquer un écartement
de la voûte plantaire supérieur à 1 cm. 50.
Les mouvements qu’on peut faire exécuter aux articulations
médio-tarsiennes sont insignifiants.
La peau, sur les faces dorsale et latérale, est normale, mais
porte de nombreuses rides. A la face plantaire, elle forme des callosités
au niveau du talon et du gros orteil ; ailleurs, elle est, fine, blanche,
comme macérée.
Le pied est très cambré. La malléole externe est
à 7 centimètres ; l’interne à 8 centimètres
du sol.
Une dissection rapide nous a donné les renseignements suivants.
Le tissu cellulo-graisseux forme un matelas très épais,
maintenu par de nombreuses cloisons fibreuses, partant de la couche
profonde du derme pour s’insérer sur le périoste,
au niveau du calcanéum.
L’aponévrose plantaire est faible et s’attache à
la tubérosité interne du calcanéum par deux chefs.
Le premier, volumineux et assez large, s’étend en éventail
et se termine sur la tête des derniers métatarsiens. Le
deuxième, plus interne, envoie un petit faisceau de fibres obliques,
en éventail, qui va se perdre sur le bord externe du cinquième
métatarsien.
Les trois loges formées par l’aponévrose n’existent
pas ; deux seulement sont bien marquées, l’interne et la
moyenne. Je n’ai pu trouver trace de la cloison séparant
la loge moyenne de l’externe.
Les muscles de la région plantaire se rencontrent à peu
près tous, mais sont remarquables par leur état d’atrophie
ou plutôt de nanisme.
RÉGION INTERNE. — Le court
adducteur du gros orteil est normal. Les insertions du court fléchisseur
sont normales en arrière, mais la bifidité n’existe
pas en avant. Le long fléchisseur le déprime pour se creuser
une gouttière dans son épaisseur. La portion oblique du
court abducteur est atrophiée, formée de quelques fibres
musculaires, pâles, larges d’un demi-centimètre,
terminée par un tendon de la grosseur d’une épingle.
RÉGION MOYENNE. — Le court
fléchisseur est très rudimentaire, composé presque
seulement de tendons, fins comme des aiguilles. L’accessoire du
long fléchisseur, ayant des insertions normales, est relativement
très volumineux.
Les lombricaux ne sont représentés, pour les trois externes,
que par quelques fibres musculaires. Le premier est bien développé.
RÉGION EXTERNE. — Le court
abducteur du petit orteil, le court fléchisseur sont tout petits,
mais présentent des insertions normales. L’opposant n’existe
pas.
Les interosseux, surtout les deux premiers, sont bien développés.
A la face dorsale, l’aponévrose du pied est très
fine, véritable feuille de papier à cigarettes. Elle commence
au ligament annulaire de la jambe qui est très fort.
Le muscle pédieux est très mince, plat, d’un quart
de centimètre à peine d’épaisseur. Ses tendons
sont filiformes.
Les vaisseaux et nerfs, faciles à reconnaître à
la face dorsale, n’ont pu être suivis ou trouvés
facilement à la face plantaire.
Les os ont comme caractère général une gracilité
tout à fait particulière. Les métatarsiens ne sont
point détonnés. Ils sont simplement petits. Le scaphoïde
est normal. Le cuboïde, les cunéiformes, surtout les deux
premiers, sont atrophiés et aplatis latéralement. La plus
grande déformation porte sur le calcanéum dont le volume
est normal. Mais cet os, fléchi sur lui-même, est tordu
en virgule .
Voici comment, dans son intéressant travail Pékin et ses
habitants, M. le Médecin-inspecteur Morache décrit les
manœuvres qui doivent amener la production de cette déformation.
On commence à masser le pied, à fléchir plus ou
moins les derniers orteils, à les maintenir, dans cette position,
par un bandage en 8 de chiffre. Ce bandage que j’ai vu exécuter,
plusieurs fois, devant moi se fait avec une bande de coton ou de soie,
de 5 à 6 centimètres et plus de large, de 1 mètre
à 1 m. 50 de long. On applique le chef initial de la bande sur
le bord interne du pied, au niveau de l’articulation tarsienne
du premier métatarsien. On porte la bande sur les quatre derniers
orteils, laissant le pouce libre, puis sous la plante du pied. On la
relève sur le cou-de-pied pour former une anse derrière
le calcanéum, en ayant soin de l’appliquer sur la tête
de l’os, non au-dessus ; on revient au point de départ.
En un mot, on fait un 8 de chiffre dont l’entrecroisement se trouve
sur le bord interne du pied. Au-dessus de cette première bande,
on en place une seconde, destinée surtout à la maintenir,
et on l’arrête par quelques points de couture.
Le mode d’application du bandage ne varie pas, pendant toute la
période des manœuvres.
En étudiant son effet, on constate qu’il produit deux résultats
: 1° flexion des quatre derniers orteils et torsion, sous la plante
du pied, des métatarsiens correspondants ; 2° tassement antéropostérieur
du pied, par son point d’appui sur le calcanéurn. Peut-être,
déjà, à un faible degré, exagération
de la concavité plantaire.
Pendant les premiers temps, le bandage est médiocrement serré.
Peu à peu, on augmente la tension. A chaque nouvelle application,
qui se renouvelle au moins tous les jours, on laisse quelques instants
le pied à nu, on le lave et on le frictionne avec l’alcool
de sorgho. L’oubli de cette précaution contribue puissamment
à faire naître des ulcérations.
A cette époque, la chaussure de l’enfant consiste en une
bottine dont l’extrémité se rétrécit
peu à peu et arrive, enfin, à être complètement
pointue. L’étoffe remonte assez haut et se réunit
en avant par un lacet. La semelle est plate, sans talon, comme celle
d’une pantoufle.
 
Par ces seuls moyens, on arrive à produire le pied vulgaire que
nous avons décrit plus haut, comme le plus commun dans le Nord,
le plus usité par les classes pauvres. Mais il faut en continuer
l’usage, sous peine de perdre le fruit des premiers efforts. La
jeune fille, la femme s’appliquent leurs bandages avec régularité.
Là, ainsi qu’en beaucoup d’autres choses, si on n’acquiert
pas, on perd. La chaussure reste, toujours, la même comme forme,
elle varie seulement de dimensions avec la croissance du pied ; car
il n’y a pas arrêt absolu de développement de ce
membre, mais seulement perversion.
Si la mère veut donner à sa fille un pied encore plus
élégant, elle a recours à d’autres procédés.
Lorsque le premier degré est bien établi, que la flexion
des orteils est permanente, on commence à exercer un massage
énergique, puis on place, sous la face plantaire, un morceau
de métal de forme cylindrique et d’un volume proportionné
à celui du pied. On applique le bandage en 8 par dessus le tout,
en le maintenant fortement et en portant les entrecroisements non plus
sur le bord interne du pied, mais sous la face plantaire.
Le rôle de ce corps, placé et maintenu en ce point, est
facile à comprendre : le point d’appui doit être
considéré comme pris sur le demi-cylindre métallique
et sur la masse osseuse centrale du pied. Les points mobiles sont, d’une
part, le calcanéum, de l’autre les orteils, qui tendent
à se rapprocher en tournant autour du centre. Si l’on veut,
on peut encore considérer les orteils, les métatarsiens
et le demi-cylindre comme point d’appui fixe. La partie postérieure
du calcanéum sera le point mobile. Dans tous les cas, cet os
sera sollicité à changer de direction et à devenir
plus ou moins vertical, d’horizontal qu’il était
normalement.
Lorsqu’un certain résultat a été obtenu,
on n’a qu’à porter les tours de bande sur le calcanéum
lui-même, par-dessus l’insertion du triceps jambier, et
l’on augmente ainsi l’action du bandage. Enfin, pour s’opposer
à la contraction de ce muscle qui agirait en sens inverse, on
entoure quelquefois la jambe de plusieurs tours de bande assez serrés.
Un puissant moyen, pour arriver au résultat cherché, se
trouve encore dans le massage.
La mère, appuyant son genou sur la face inférieure du
demi-cylindre de métal, saisit d’une main le calcanéum,
de l’autre la partie antérieure du pied de l’enfant
et s’efforce de le plier. On dit que dans ses efforts elle produit,
quelquefois, une fracture (une luxation) des os du tarse ; que, si elle
n’y parvient pas, elle frappe avec un caillou sur la face dorsale,
jusqu’à ce que la lésion se produise. Enfin, dans
certaines provinces, il serait d’usage d’enlever un os,
probablement le scaphoïde, lorsque celui-ci faisant saillie après
des manœuvres nombreuses, sans doute fracturé déjà,
rend possible une opération que jamais les Chinois ne pratiqueraient
sans cela .
Dans le début de cette seconde période, on a substitué
à la chaussure à semelle plate une bottine dont la semelle
est forcement convexe. Cette bottine aide d’abord, puis maintient,
chez les adultes, la concavité de la face plantaire.

En résumé, de même que je crois devoir admettre
deux degrés de déformation, je reconnais deux degrés
de manœuvres. Dans le premier degré, flexion des quatre
orteils, sous la plante du pied, tassement d’avant en arrière,
obtenu par les bandages. Dans le second degré (supposant le succès
du premier), bascule du calcanéum, diminution énorme de
la longueur du membre, exagération
de la voûte plantaire obtenue par la bandage aidé du demi-cylindre
de métal, le massage et les efforts exercés aux extrémités
du pied.
Toutes ces manœuvres produisent une flexion forcée du pied,
dans le sens antéro-postérieur, avec torsion des orteils
autour du premier métatarsien. Tout le poids du corps repose
sur le calcanéum. Les orteils ne jouent qu’un rôle
insignifiant. Du reste, la gravure de la chaussure ci-jointe montre
que seul le talon peut avoir un rôle de sustentation sérieux.
Mais ce point d’appui est assez insuffisant.
 
Chaussure de femme chinoise — Chaussure de femme
tartare
Aussi, les femmes, dès qu’elles sont un peu âgées,
doivent-elles avoir recours à un bâton. Les jeunes marchent,
les bras légèrement écartés, comme des balanciers,
le thorax en avant, le bassin en arrière, semblant poursuivre
leur centre de gravité. Les talons réunis, elles sont
en équilibre tout à fait instable et rien n’est
plus facile que de les faire tomber à la renverse. La chose m’est
arrivée, un jour, à l’hôpital. Une femme de
quarante ans environ était venue me voir pour ses dents. A un
moment donné, ayant voulu lui faire incliner la tête un
peu en arrière, j’exerçai une pression avec mon
pouce, dans le sens vertical, contre l’arcade dentaire supérieure.
La pression avait été légère, mais suffisante
pourtant pour renverser ma cliente.
Cette esthétique est pénible à obtenir. Un proverbe
chinois dit : « Tout petit pied coûte une tonne de larmes.
» Mais cette question sentimentale a été sans effet,
sur le développement de cette singulière pratique.
Mrs. Archibald Little, qui s’est beaucoup occupée de la
question et a été, jadis, une animatrice de l’Antifootbinding
Association, a pu écrire :
« Pendant trois ou quatre ans, la fillette est une martyre, marchant
péniblement avec un bâton, ne pouvant ni courir ni jouer.
Menant une existence de douleur, les traits tirés, la figure
pâle, 10 % d’entre elles succombent .

Pourquoi cette coutume ? Depuis quand est-elle établie en Chine
? C’est un mystère qui, jusqu’ici, n’a pu être
encore éclairci. Les opinions les plus singulières ont
été émises à ce sujet.
Pour certains auteurs, cette pratique se perdrait dans la nuit des temps.
Un historien chinois prétend que cette mode fut établie
en 1100 avant Jésus-Christ. Une certaine impératrice Ta-Ki
avait un pied bot : elle persuada à son mari — vraisemblablement
homme faible — de décréter obligatoire la compression
des pieds des petites filles, pour les rendre semblables à celui
de leur Souveraine, donné comme modèle de beauté
et d’élégance. Peut-être cette version a-t-elle
un fond de vérité ; le pied déformé est
légèrement varus équin.
D’autres auteurs prétendent qu’un monarque fantaisiste,
Hang-Ti, 600 ans après Jésus-Christ, avait forcé
une de ses concubines à se comprimer les pieds. Il avait fait
imprimer sous la semelle une fleur de lotus, qui, à chaque pas
de la favorite, laissait son empreinte sur le sol : de là le
nom de lis d’or, encore employé pour désigner le
pied. de la Chinoise.
Une autre tradition veut que cette habitude remonte à l’Empereur
Li-Yo qui tenait sa cour à Pékin en 916 après Jésus-Christ
; le souverain s’avisa de faire tordre le pied d’une de
ses femmes pour lui donner une vague ressemblance avec le croissant
de la lune. Les courtisans se pâmèrent aussitôt d’admiration
et la chose devint de mode.
D’autres auteurs soutiennent que cette habitude de déformer
le pied n’a d’autre but que d’empêcher la femme
de courir et de donner la sécurité au Chinois, très
jaloux. Si tel est le but poursuivi, le résultat est négatif,
car les petits pieds n’empêchent guère la femme de
marcher, de courir, de danser, jouer au volant ou faire des acrobaties,
à cheval ou sur la corde.
Quelle qu’en soit l’origine, cette habitude est fort répandue.
La beauté chinoise réside en grande partie dans le pied.
« Un pied non déformé est un déshonneur »,
dit un poète. Pour le mari, le pied est plus intéressant
que la ligure. Seul le mari peut voir le pied de sa femme nu. Une Chinoise
ne montre pas plus facilement ses pieds à un homme, qu’une
femme d’Europe ses seins. Il m’est arrivé de donner,
souvent, mes soins à des femmes chinoises à pied ridiculement
petit, pour plaies, excoriations survenues du fait du bandage trop serré.
Elles avaient des pudibonderies de pensionnaires, rougissaient, faisaient
mille manières pour se laisser examiner, me tournaient le dos
pour défaire les bandes et dissimulaient, ensuite, leur pied
dans un linge, ne laissant à découvert que la partie malade.
La pudeur est une question de convention : les Chinoises l’ont
pour les pieds.
La déformation du pied n’est pas également répandue
dans toutes les provinces. Elle est plus fréquente à la
ville qu’à la campagne. Au nord de Pékin et dans
les anciens territoires mongols, maintenant occupés par les Célestes,
j’ai pu remarquer que toutes les femmes avaient les pieds déformés.
Seules les chrétiennes les avaient normaux. Les missionnaires
ont pu obtenir de leurs ouailles de renoncer à cette pratique
de coquetterie. Il n’en est pas partout ainsi, car, dans certaines
provinces du Sud, les religieuses qui dirigent les orphelinats sont
obligées de déformer les pieds de leurs petites filles,
sans quoi elles ne trouveraient pas à les marier.
Les femmes tartares-mandchoues ont les pieds remarquablement fins, mais
non déformés. Après la conquête et l’établissement,
sur le trône des Mings, de la dynastie actuelle, les femmes des
vainqueurs voulurent adopter la mode chinoise : des édits impériaux
s’y opposèrent sous peine de mort. Les Tartares obéirent
à regret, mais cependant essayèrent de copier, de loin,
la forme de la chaussure chinoise et mirent à la leur un énorme
talon au milieu de la semelle.
On a prétendu que cette déformation des pieds avait pour
résultat d’amener un développement plus considérable
des cuisses, du mont de Vénus. M. Morache a, depuis longtemps,
démontré que cette hypothèse n’avait rien
de très fondé. Les recherches, les mensurations faites
par moi-même, à ce sujet, ne font que confirmer l’opinion
de mon éminent chef.
Mais il est un point sur lequel personne n’a encore insisté
et qui, à l’heure présente, me paraît particulièrement
intéressant : je veux parler du rôle du pied, comme excitant
du sens génésique chez le Chinois. Mon attention a été
attirée sur ce point, par un très grand nombre de gravures
pornographiques, particulièrement dégoûtantes, dont
les Chinois sont très friands. Je regrette que leur caractère
de trop haute obscénité ne me permette pas de reproduire,
dans ce travail, quelques-uns de ces spécimens. Dans toutes ces
scènes lubriques, on voit le mâle tripoter voluptueusement
le pied de la femme. Le pied, surtout quand il est très petit,
pris dans la main d’un Céleste , lui produit un effet identique
à celui que provoque, à un Européen, la palpation
d’un sein jeune et ferme ; pure question de sentiment... et de
sensation. J’ai pris, pour me confirmer dans l’opinion que
j’avance, beaucoup de renseignements auprès des Chinois.
Tous les Célestes interrogés ont été univoques
:
— Oh ! le petit pied ! Vous, Européens, ne pouvez pas comprendre
tout ce qu’il a d’exquis, de suave, d’excitant !
L’attouchement des organes génitaux, par le petit pied,
provoque, chez le mâle, des frissons d’une volupté
indescriptible. Et les grandes amoureuses savent que, pour réveiller
l’ardeur, par trop refroidie, de leurs vieux clients, prendre
la verge entre leurs deux pieds vaut mieux que tous les aphrodisiaques
de la pharmacopée et de la cuisine chinoises, y compris le «
ginsen » et les nids d’hirondelles .
Le Chinois, croisant dans la rue un joli pied, fait des réflexions
aimablement libidineuses, tout comme la vue d’un corsage bien
garni et d’une jolie taille parle aux sens d’un Européen.
Il n’est pas rare de voir les chrétiens chinois s’accuser,
à la confession, d’avoir « pensé à
mal » en regardant un pied de femme.
Plusieurs sociétés chinoises ont essayé, mais en
vain, de lutter contre cette habitude de bander les pieds. Les missionnaires
catholiques ont réussi, dans certains points, à faire
cesser cette coutume. Les missionnaires américains ont, il y
a quelque temps, tenté de frapper un grand coup. Ils ont rédigé
un placet, dans lequel ils demandaient à l’Empereur de
Chine de donner des ordres, pour faire cesser cette « pratique
barbare » et ont chargé le Ministre des États-Unis
à Pékin de remettre cette supplique, contenue dans une
superbe boîte en argent, au Tsoung-li-Yamen, pour que ce Ministère
la fît parvenir au Fils du Ciel. Le Tsoung-li-Yamen répondit
que l’Empereur laissait à ses sujets le droit de faire
ce qui leur plaisait, que la requête des missionnaires ne pourrait
lui être transmise, mais que la boîte d’argent, ayant
un cachet artistique et de la valeur, serait conservée dans les
archives. Nous trouvons cette déformation des pieds ridicule,
mais elle fait plaisir aux Chinois. Que dirions-nous, en Europe, si
une société de Célestes venait faire campagne contre
le corset ? Déformation pour déformation, quelle est la
plus ridicule : celle qui a comme résultat de produire une certaine
difficulté de la marche ou celle qui, comprimant l’estomac,
luxant le rein, écrasant le foie, gênant le cœur,
empêche souvent les femmes de faire de beaux enfants."
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